Lab 30 / 11 / 2018 4 minutes de lecture

Il y a peu, j’avais une bière à la main, essayant de décider si oui ou non elle était assez fraîche pour la boire, et si non, si le fait de l’ouvrir quand même faisait de moi quelqu’un de porté sur la bouteille. Dans un même temps, avec l’assurance qui me faisait défaut quant à mon dilemme, Zoé* appuyait sur « skip this Ads » pour terminer de regarder son unboxing.

Zoé, c’est la petite dernière d’un couple d’amis, pas encore scolarisée, mais sacrément rencardée sur les péripéties de l’âne Trotro (qui est trop trop rigolo), et de Masha et Michka. Elle a de la bouteille – si j’puis dire – dans la navigation sur écran, à commencer par la gestion de la publicité pour enfant.

Zoé ne sait pas encore correctement son alphabet, mais elle sait où cliquer pour ne pas interrompre sa vidéo. On voit souvent des articles se plaignant de la perte de motricité engendrée par l’utilisation des tablettes, eh bien je peux vous dire que cette petite maîtrise parfaitement l’art du « point’n’switch » !

On pourrait même se dire qu’elle sait reconnaître et éviter une pub’, puisqu’elle le faisait sous mes yeux rendus vitreux par l’absence d’alcool. On pourrait, si on oublie que j’ai dit qu’elle regardait un unboxing…

Qu’est-ce qu’une publicité ?

Vous trouvez que c’est une question digne d’une cuite tiède ? Nenni ! Nous vivons une époque où nous sommes constamment soumis à la pub, il est donc extrêmement important de savoir la reconnaître.

« La publicité est une forme de communication de masse, dont le but est de fixer l’attention d’une cible visée (consommateur, utilisateur, usager, électeur, etc.) afin de l’inciter à adopter un comportement souhaité : achat d’un produit, élection d’une personnalité politique, incitation à l’économie d’énergie, etc… »

Nous dit Wikipédia.

Hier, nous avions les journaux et les affiches, puis la radio et la télévision. L’arrivée d’Internet fut accompagnée d’un nouvel espace publicitaire, et celle du Web (comprendre ici sa transformation par les réseaux sociaux) a considérablement augmenté la quantité de pubs qui nous passent sur le corps. Pensez un instant à vos habitudes de consommation et regardez donc :

  • Sur Facebook, LinkedIn, Youtube, Twitter, Snapchat, Instagram, etc. Vous avez des publicités (ciblées, en plus).
  • Chaque recherche Google, Bing, Qwant, vous propose des annonces.
  • Vous écoutez votre service de musique streaming, si vous ne payez pas, vous avez des pubs.
  • Netflix envisage de vous en proposer aussi (des recommandations restent des publicités) indépendamment de votre abonnement.
  • Aucun journal (ou presque) ne vous laisse lire un article sans publicité.

Et je ne parlais que des pubs émanant des marques connues… Car… Comment appellerait-on « l’auto-promo » de Julie et de son nouveau blog littérature ? Comment vous qualifieriez le partage de Clément à propos de ces nouvelles technologies (article truffé de liens sponsos) ?

La publicité est partout, nous en faisons tous en permanence, et nos enfants sont les premiers à être dressés à cela. Alors, plutôt que de parler des dangers de l’exposition à un écran pour leur délicate rétine, ou leur incapacité à tenir un stylo (drame du siècle à n’en pas douter), permettez que je pose une question simple :

Si on a décidé de mettre moins de publicité à la TV aux heures où les gamins regardent, pourquoi on laisse les programmes « kids » devenir des temples de marchandage ?

Nouveaux fondamentaux

Jusqu’ici, quand on parle de l’utilisation des écrans de tablette (et mobiles) par les enfants, on imagine qu’ils regardent de jolies vidéos de leurs non moins jolis dessins animés ; qu’ils jouent à des jeux innocents où il faut maquiller un petit cochon et élever des miss beauté.

Pourtant, si les deux ne sont pas exemptes de pubs entre, avant, pendant, après ; une nouvelle tendance se dégage : celui des unboxings de jouets pour enfants.

En France, beaucoup de parents et leurs enfants connaissent « Madame Récré ».

Vidéo Youtube de présentation de la chaîne :

Sous ce mignonet nom de chaîne Youtube se cache en réalité une machine Marketing terriblement efficace. Avec une voix très douce de maîtresse, Madame Récré fait « la classe » à une nouvelle sorte d’élèves. Ici, on ne sort aucune trousse, mais son temps de cerveau disponible pour apprendre avec quelle marque de pâte à modeler on joue, quel produit pour quelle utilisation.

Tout ceci sans une once de mention de sponsoring de marque. Et pourtant, le doute est permis.

De part son nom, Madame Récré apprend aux enfants que l’instant détente en dehors de l’école se fait par la consommation des jouets qui leurs sont proposés.

Certes, il est rare qu’un enfant joue avec des épingles à linge pour faire des constructions*, mais il y a une différence entre occuper son temps à jouer avec des jouets de marque et regarder une personne peut-être payée par elles pour déballer ces mêmes jouets et les vendre à des gamins qui les réclameront ensuite à leurs parents.

Parents qui semblent également tomber sous le charme, pérorant sur le nombre de mots qu’une vidéo publicitaire peut apprendre à leur chère tête blonde…

Si seulement on pouvait raconter des histoires et faire apprendre la langue française aux enfants par d’autres moyens ! Ah ! Comme la parentalité serait plus facile, le lien familial plus dense, si on arrivait à inventer quelque chose qui fasse rêver, qui permette un coucher en toute sérénité, et qui soit plein d’aventures… « Et si on disait qu’on appellerait ça des livres ? »

Choisir sa publicité

La petite Zoé, toute en indépendance et doigté assuré continuait de regarder son programme, le nez pratiquement collé à l’écran, les deux mains soutenant sa tête qui se faisait lourde, mais lourde

Tandis que je n’avais pas résolu mon propre problème et que j’hésitais à céder à mon cerveau reptilien, je voyais donc cette petite façonner le sien devant un mélange chimique de pétrole et de trucs plus ou moins cancérigènes en forme de hamburgers et de frites colorés (disponibles uniquement dans le pack sponsorisé par la lettre « M »).

J’attrapai finalement ma bière tiède et l’ouvrai d’un coup sec, quand la litanie de Madame Récré s’arrêta pour nous hurler qu’il nous fallait impérativement nous évader de notre vie pourrie en 4×4. Zoé pesta de son désormais célèbre « Oh nooon ! » catastrophé, et appuya sur « skip this ad » … pour reprendre ironiquement la réclame du dernier kit de modelage…

 

– Article par Camille Gillet

ClémentFromont Chef de projet Inbound Marketing chez @ntmy_fr / Ponceur de Fortnite le week-end / #nodigitalbullshit Follow on Twitter
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