Lab 16 / 07 / 2018 4 minutes de lecture

On aurait aimé que l’utopie hippie née dans les années 60 se poursuive jusqu’à permettre à l’Humanité entière de tirer parti de l’accession au savoir et partage sans frontières des connaissances.

Jamais dans l’Histoire de notre espèce nous n’avions été si proches de nous comprendre, d’avoir (gratuitement) des outils pour comprendre le monde, et surtout : des moyens de nous élever collectivement ensemble.

Tout le monde a un jour appris quelque chose grâce à Internet. Combien de tutos, d’articles, d’œuvres numérisées ont été disponibles pour toute personne disposant d’un accès Internet et d’un minimum d’Anglais ? Moi-même suis-je en train de combler mes lacunes culturelles en écoutant de grands classiques de la littérature tout en apprenant les bases du dessin grâce à des créateurs qui donnent gratuitement aux autres.

Tout ceci est en train de disparaître, et c’est autant lié au législatif qu’à un modèle économique.

Pourquoi la loi européenne sur le copyright est un problème

L’Union Européenne vient de faire un pied de nez à son envie première de protection de l’utilisateur (avec sa RGPD) en adoubant une loi censément faite pour protéger les droits de propriété sur le Web, limitant particulièrement la liberté de partage (voire de création).

Appelée « Directive sur le Droit d’Auteur dans le marché unique numérique », cette loi fait polémique notamment à cause de deux articles (art 11 et 13) parce que portant en eux des germes d’une censure – et mort – d’Internet.
Pour faire simple : l’article 11 demande aux plateformes en ligne connues (Google, Facebook, Youtube, etc.) d’être garantes de la légalité des contenus, et l’article 13 propose carrément de retirer automatiquement des contenus utilisant supposément des éléments soumis aux droits d’auteur.

Concrètement : images, vidéo, sons, citations, peu importe ; tout contenu reprenant, même en partie, quelque chose d’existant et soumis à des doits d’auteur pourra se faire supprimer sans autre forme de procès. C’est d’ailleurs déjà le cas : Youtube a mené une large battue sur de nombreuses vidéos démonétisées pour de simples choses comme des bruitages. Les vidéastes proposant des critiques ou des analyses se retrouvent également impactés, en dépit du droit à la citation.

Les mèmes et gifs, petites choses anodines et profondément empruntes de la culture Web et outils de satire seront, techniquement, concernés.

Bien que la ligue des Droits de l’Homme ait demandé une exception, à savoir épargner les parodies, l’impossibilité technique de le faire nous conduit à un Internet où les contenus seraient entièrement produits et diffusés par des ayants droit à la force de frappe croissante.

Suppressions abusives, contrôle progressif de la Culture, perte totale de l’essence d’Internet, cette loi fait faire un bond terrible en arrière à ce qui était une innovation majeure de notre espèce. Rattachant Internet à la boîte froide et fermée qu’est la télévision.

Du problème de notre fascination pour la Silicon Valley

Au cours de notre ère, peu de choses nous ont autant impressionnés que Dieu, l’IA et l’Argent.

Véritablement persuadés qu’une entreprise technologique est pareille à un organisme humanitaire, nous avons rapidement sacralisé la technologie et ses avancées – des temps modernes à aujourd’hui – pour en être rendus au stade où la Silicon Valley fait davantage office d’Eden que de centre expérimental ubérisant.

En résulte cette décharge légale (morale ?) presque surréaliste actuelle : cela serait donc à des sociétés privées d’être garantes de la véracité des informations et de leur légalité, tout en jouant les Charon pour décider qui peut y accéder.

Et toutes entreprises privées qu’elles soient, leur essence (juridiquement qualifiée) reste de faire du profit. L’accès à ces contenus, préalablement captés et copyrightés, se fait (et non fera) sous réserve de payer.

Instagram est déjà le lieu d’un pillage terrible des photos des utilisateurs qui ne font que céder leurs images, sans aucune contrepartie. Et il arrive que des images libres de droits se retrouvent après sur des banques d’images payantes…

Github vient d’être racheté par Microsoft, et actuellement, Youtube propose une version premium de ses services (sans publicité et avec un service VOD et live-music), tout en se mettant à couper les vidéos au bout d’un moment avec la célèbre phrase : « Êtes-vous toujours en train de regarder ce contenu ? », rendant difficile l’écoute de musique ou d’ASMR…

En d’autres termes, nous donnons les rênes d’un lieu de partage et d’émancipation autrefois gratuit – ou appartenant à ses producteurs – à de grosses firmes à la soumission législative aléatoire (demandez à Facebook son opinion sur la RGPD pour voir…).

La « tarification » des sources

Petit à petit, ne pouvant plus partager des contenus reprenant des éléments gravés d’un ID de propriété, les créateurs cesseront donc de partager, peut-être même de créer, et leur nombre décroîtra doucement, jusqu’à ne laisser que quelques écuries éparses proposant les mêmes œuvres dont la rentabilité a été savamment calculée.

À force de laisser la machine à étiqueter les « produits » à de grosses boîtes, la tarification systématique des créations au profit d’agrégateurs de contenus verra les sources de création se tarir naturellement.

En résultera donc un appauvrissement global intellectuel, né d’un élitisme galopant. Car, oui : ne plus pouvoir découvrir une œuvre, ou se confronter à d’autres modes de pensées entraîne fatalement une stratification de la société, remettant les artistes (pour ne citer que cette caste) au niveau de héros d’un Olympe de GAFA.

Ou tu es issu d’une alliance improbable entre un « dieu » et tout ce qui aura eu sa faveur… Ou tu te contenteras d’adorer tes idoles dans ton petit temple à lumière bleue.

 

Article par Camille Gillet

ClémentFromont Chef de projet Inbound Marketing chez @ntmy_fr / Ponceur de Fortnite le week-end / #nodigitalbullshit Follow on Twitter
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